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"Mort sur la route" de David Le Breton

10 Janvier 2009, 17:56pm

Publié par Rêve

A Flôrânche, en décembre 2007, j'ai vu et écouté David Le Breton - anthropologue et professeur de sociologie à l'université de Strasbourg -  qui tenait une conférence intitulée "De la difficulté d'être adolescent". Lors de cette conférence portant sur les conduites à risque, il démontrait (de façon abordable et sympa ) que les fugues, les piercings, tatouages, scarifications et autres atteintes du corps comme l'anorexie, étaient une façon d'affirmer son identité et son existence (l'identité se construit alors dans la douleur), et donc un mode de résistance, de survie face à la dureté du monde. Fabriquer une douleur permet d’endiguer provisoirement la souffrance de vivre dans une société insensée. La sensorialité délimite, là où il n'y a pas de parole.
 Les conduites à risque sont de véritables rites de passage, ils montrent l'atteinte du goût de vivre d’une partie de la jeunesse occidentale contemporaine . 


Cette thématique est présente dans son roman, témoin de notre société, "mort sur la route" publié en 2007. Roman noir dont j'avais abandonné la lecture très vite l'an dernier car il commence mal, sur une mort absurde et vide.
J'ai recommencé à le lire en cette nouvelle année, j'ai tenu jusqu'au bout malgré le propos sombre et le style parfois hésitant.
Le suspense et les personnages finissent par prendre leur place et laisser leur trace. En particulier Thomas l'adulte et Laure l'adolescente qui se dissolvent, se purifient, se battent, essaient de réparer leurs traumatismes et de se recontruire.

Extraits :

"Il arpentait l'immensité de la ville sans se déclarer vaincu même s'il cherchait une aiguille dans une botte de foin. Ces jeunes squatters étaient un vivier pour le crime. Il en avait pris conscience en se réveillant dans cette pièce sale, aux odeurs mêlées de vomi et d'urine. C'étaient des adolescents meurtris même si certains choisissaient plus ou moins cette existence dans les limbes de la société. La route était un formidable moyen de ne plus être soi, d'occulter toute trace de son existence.
(... ) Nul ne s'intéressait à eux, et eux mêmes étaient animés de la passion de se perdre dans les interstices de la ville."

"Il se dévêtit. Au contact de l'eau fraîche il se sentit à nouveau exister. Il se laissa glisser vers le fond pour se laver de la fatigue qui lui collait à la peau. Il nagea en silence en essayant de se fondre dans l'eau. Il nagea longtemps avant d'atteindre l'apaisement. Il revint lentement vers la rive et se rhabilla. Il resta un moment à regarder les scintillements de l'eau sous les étoiles."

"La vie est déjà si fragile, pensa Thomas. Pourtant certains s'acharnaient encore à la transformer en épouvante. (...) Les relations sociales devenaient de plus en plus âpres. Le monde était dans une mauvaise passe, le cynisme des puissants entraînait celui des plus humbles.
Les livres étaient un refuge. Il lui arrivait de se demander pour combien de temps encore. Dans l'univers de Melville, en ce moment, il reprenait ses marques. Et des milliers d'autres livres pourraient encore pour un temps alimenter cette mise à distance. Non pour déserter le monde mais pour y retourner plus fort. On revenait plus solide au coeur de la tempête. Ils étaient une sorte d'oeil du cyclone."

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gps 12/01/2009 12:05

ça dépend où tu te fais percer...

Rêve 12/01/2009 21:54


une connotation sexuelle GPS ????


Calbo 11/01/2009 21:24

Se faire percer, c'est vraiment affirmer son identité et son existence dans la douleur ?

Rêve 12/01/2009 21:57


pas le petit piercing à la mode,
le fait de se faire une marque sur le corps qui se voit et qui fait mal est une façon de sentir son corps et ses limites , la compulsion à se faire mal comme dans les scarifications (cf certains
rituels dans les sociétés traditionnelles) provoque paradoxalement un apaisement et une différenciation du monde, mais je ne peux pas développer ici...
http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=EP_032_0045