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"la vie en sourdine" de David Lodge

3 Mars 2009, 10:02am

Publié par Rêve

Construit sur la ressemblance phonique entre death (mort) et deaf (sourd), ce roman est parfois plus tragique que comique.
Bien sûr il y a une ironie dans la complaisance à se morfondre de sa surdité (et de son vieillissement) - alors que l'on souhaiterait rester de fringants et brillants séducteurs - mais comme la mort est à tous notre horizon, c'est aussi angoissant ...
Desmond (professeur de linguistique marié à Fred décoratrice) n'est pas aveugle face aux charmes d'Alex, l'étudiante, mais il reste sourd aux sirènes de sa séduction, ce qui lui permettra de se tirer sans trop de mal d'une relation ambivalente (teintée d'érotisme, de sado-masochisme et de messages suicidaires)... Et il gardera de l'énergie pour accompagner son vieux père sourd paranoïaque et progressivement dément...

EXTRAITS :

Dialogue père -fils:

"t'as fait bon voyage ?" (...)
"oui, excellent. Le train était à l'heure pour une fois, ai-je dit.
- Quoi ?" Ce mot intervient fréquemment dans nos échanges.
"Le train était à l'heure, ai-je hurlé.
- Pas besoin de hurler", a-t-il dit...


"Quand on avait diagnostiqué sa surdité aux hautes fréquences, cela avait jeté une ombre ténue sur leur bonheur, mais le plaisir qu'ils prenaient tous les deux au sexe n'avait pas été trop affecté, les sons accompagnant l'acte sexuel étant non verbaux et à basse fréquence pour l'essentiel."


"La surdité de ma mère est très peu importante, voyez-vous - pratiquement nulle. Il suffit que je parle un peu plus fort et que je redise la choses deux ou trois fois pour être sûre qu'elle comprendra ; mais, bien sûr, elle est habituée à ma voix ", dit miss Bates dans Emma. Avec quelle subtilité Jane Austen parvient à évoquer la frustration et l'irritation poliment déguisée qu'éprouvent les gens autour de la vieille Mrs Bates, obligés qu'ils sont de répéter pour elle chaque remarque banale d'une voix de plus en plus forte !"


L'épisode m'a mis d'une humeur exécrable- où est-ce qu'on va comme ça ?-, état d'esprit auquel je succombe de plus en plus souvent ces temps-ci, sous l'effet de certains phénomènes comme Big brother, les mots orduriers dans le Guardian, les anneaux vibrants pour le pénis en vente chez Boots, les noceurs qui vomissent dans le centre-ville le samedi soir, la chimiothérapie pour les chats et les chiens. Bizarrement, il est plus facile de focaliser sa colère et son désespoir sur ces offences à la raison et à la bienséance relativement triviales que sur les choses plus graves qui menacent la civilisation, comme le terrorisme islamique, Israël et la Palestine, l'Irak, le sida, la crise de l'énergie et le réchauffement climatique, choses qui semblent échapper à tout moyen de contrôle."


"Tu n'as pratiquement pas pris part à la conversation ce soir jusqu'à ce que Lionel t'adresse la parole, a poursuivi Fred. Je sais que c'était très bruyant là-bas, mais j'ai parfois l'impression que tu as presque renoncé à vouloir entendre ce que disent les autres - la surdité est une excuse commode pour te déconnecter et suivre ton propre courant de pensée." "Ridicule, ai-je dit. ça m'empoisonne la vie. " "Eh bien alors, pourquoi n'essaierais-tu pas de voir si la lecture labiale ne pourrait pas t'aider ?"
Je me suis trouvé coincé. Je n'apprécie pas l'idée de redevenir étudiant, et j'ai peu confiance en ma capacité à apprendre la lecture labiale à mon âge, mais je me rends compte que je n'ai pas d'autre choix que d'expérimenter la chose sous peine d'être taxé d'indifférence et d'égoïsme quant à l'impact de mon infirmité sur Fred et les autres. Et je me demande, bien que ça m'ennuie, s'il n'y a pas un brin de vérité dans ce qu'elle dit. Se peut-il qu'il y ait un instinct de surdité analogue à l'instinct de mort dont parle Freud ? Une appétence inconsciente pour le torpeur, le silence et la solitude qui va à l'encontre de ce besoin naturel, sous-jacent chez tous les êtres humains, de fréquenter d'autres gens et d'échanger avec eux ?" 


"Qu'est-ce qui peut expliquer ce fléau proliférant de Noël ? Quand j'étais enfant, le jour de Noël et Boxing Day étaient des jours de fête et ensuite la vie reprenait son cours normal, mais maintenant Noël se poursuit sans relâche jusqu'au premier de l'an, fête plus stupide encore, de sorte que tout le pays est en fait paralysé pendant au moins dix jours, abruti d'avoir trop bu d'alcool, dyspeptique pour avoir trop mangé, fauché pour avoir acheté des cadeaux inutiles, lassé et irritable d'être resté confiné à la maison avec des membres de la famille casse-pieds et des enfants pleurnicheurs, les yeux au carré à force de regarder de vieux films à la télévision."


"L'auteur utilisait une formule glaçante pour décrire la perte traumatique des cellules pileuses : " L'exposition à des drogues ou à des bruits invalidants conduit ces cellules à mourir en épousant une sorte de programme suicide. Elles se suicident littéralement dans l'oreille." Est-ce possible, après tout, que ce groupe de rock à Fillmore West ait provoqué un suicide massif dans mes oreilles internes ? Si je me rappelais le nom du groupe, je pourrais les poursuivre en justice, mais il doit sans doute y avoir prescription. Ils sont probablement tous sourds eux-mêmes depuis le temps, de toute façon. Je l'espère. La bonne nouvelle, c'est que les anti-oxydants contenus dans le vin rouge peuvent contribuer à prévenir la perte des cellules pileuses."



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calbo 10/03/2009 21:10

Traiter de la surdité dans un livre, c'est original.C'est une chose qui me semble souvent faisable dans les films... ca doit etre compliqué à reproduire dans un livre... Non ?

Rêve 10/03/2009 21:17


ça se prète bien aux dialogues et c'est entremêlé avec l'histoire (et c'est une métaphore du vieillissement )


Leah 04/03/2009 15:14

QUOI, QU'EST-CE QUE TU DIS ?!

Rêve 04/03/2009 17:43


^^


ours 04/03/2009 14:22

hein quoi c'est pour moi l'article..........je vois pas bien

Rêve 04/03/2009 17:43


dis le à la personne qui m'a offert le livre à Noël