Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Conférence du psychanalyste Roland Gori , 14 mai, Ban st Martin

19 Mai 2009, 11:45am

Publié par Rêve

Conférence d'après son livre : "exilés de l'intime" la médecine et la psychiatrie au service du nouvel ordre économique

Une conception idéologique de l'humain et de la façon de le gouverner est à l'oeuvre dans notre société, et dans la psychiatrie.

La science n'est pas qu'une pratique professionnelle mais aussi une pratique sociale. Un contrôle social est à l'oeuvre dans les pratiques soignantes, un bio-pouvoir des populations : on demande aux soignants , psychiatres, médecins et thérapeutes d'être agents de sécurité des comportements, à l'aide de jugements, d'évaluations (enjeu des diagnostiques et des traitements).
Dans notre société, il faut bien se porter et être productif. Sous prétexte de "bien-être" des populations, il faut mettre en avant les "facteurs de risque".
D'aliénation on passe à l'idée de "santé mentale", puis aux "troubles du comportement".

La psychopathologie est le symptôme d'une civilisation: multiplication actuelle des diagnostiques de dépression. La dépression n'est plus décrite cliniquement, elle est "ce que soigne l'anti-dépresseur" (marché des industries pharmaceutiques). Auparavant on donnait un traitement pour permettre la psychothérapie, maintenant on fait une psychothérapie pour faire accepter le traitement.

Les notions d'angoisse, souffrance, psychose, névrose, culpabilité ont été remplacées par les notions de risques, dangerosité...c'est un management des conduites, où le sujet est considéré comme entrepreneur de lui-même dans son environnement.
Le psy est considéré comme le contrôleur de la gestion de l'intime, il doit aider l'individu à rentabiliser son potentiel (TCC, coaching), à gérer sa santé et ses émotions. On est passé d'une culture de la souffrance à une culture du risque (vidéo-surveillance, transparence de l'individu) et à une administration comptable, rationnelle et technique du vivant. Une rationalisation (néo-libérale et capitaliste).
L'hygiène technico-administrative des populations tend à une surveillance, une conformisation des conduites (homogénéité, standardisation): la maintenance sociale suffit, la psychothérapie devient une ré-éducation aux dépends du soin : apprendre à mieux se comporter, consentir à sa normalisation, à la correction chimique...
Il faut normaliser les professionnels pour normaliser les populations.
Une politique hygiéniste et sécuritaire traque les "anomaliques" : démultiplication dans les diagnostiques (DSM) des troubles de comportements recensés, contrôle et exploitation de la souffrance au nom de la science, au nom du bien-être et de l'hygiène.

Pour Freud et la psychanalyse, l'homme est tragique, divisé, il s'adresse à l'autre par ses symptômes, en lien avec son histoire (névrose).
Lorsqu'il s'agit de biologiser, naturaliser, le diagnostic se fait dans l'instant, il n'est pas historicisé, pas inscrit dans une relation, il y a un désavoeu de l'autre, les hommes sont traités comme des choses (idéologie de l'homme économique que l'on veut nous faire incorporer).

C'est la revanche du projet technico-administratif sur les projets thérapeutiques, les projets de justice, de recherche...qui sont expropriés, dépossédés de leur finalité et de leur fonction, asservis.


appel des appels : pétition à signer ici

Commenter cet article