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"L'abominable homme de Säffle" de Sjöwall/ Wahlöö

16 Août 2009, 14:36pm

Publié par Rêve

Ce couple d' auteurs suédois n'était pas tendre envers leur pays dans ce polar réaliste écrit dans les années 70 (donc dans la lignée de la trilogie Millénium, bien avant, et en plus classique).
Entre les bavures de policiers trop zélés, voire héritiers du nazisme, qui font des abus de pouvoir... la bétise des autres, incompétents et adeptes de clichés hollywoodiens... l' "esprit de corps" et l'endoctrinement pour masquer tout cela... et l'usure des quelques flics qui restent, désabusés et trop fatigués...une recherche d'humanité...

Présentation de leur oeuvre ICI.



EXTRAITS :


"Le patient avait toujours été un homme dur, ayant bien du mal à supporter les erreurs et les faiblesses des autres et répugnant à admettre qu'il puisse craquer lui-même, que ce soit mentalement ou physiquement.
Maintenant il avait peur, il avait mal, il se sentait pris au dépourvu et abandonné."


"L'enquête que Martin Beck avait dans sa poche faisait ressortir d'autres faits intéressants. Elle montrait, par exemple, que la police n'était pas un métier plus dangereux que les autres. Au contraire, la plupart des autres catégories professionnelles couraient plus de risques. Les ouvriers du bâtiment et les bûcherons vivaient bien plus dangeureusement, pour ne pas parler des dockers, des chauffeurs et des femmes au foyer.
Mais n'avait-il pas toujours été admis que le métier de policier était plus dangereux, plus dur et plus mal payé que tous les autres ? La réponse était d'une simplicité affligeante : si, parce qu'aucun groupe professionnel n'était aussi préoccupé de lui-même et ne dramatisait sa tâche quotidienne comme le faisait la police.
Tout cela était accompagné de chiffres. Le nombre des agents blessés en service était ridiculement faible à côté de celui des gens qui étaient annuellement victimes de mauvais traitements de la part de la police."


"Quarante ans à porter l'uniforme dans cette ville. Et combien de fois ne me suis-je pas fait agonir ? Combien de fois ne me suis-je pas fait cracher dessus, tirer la langue et traiter de cochon, de salaud ou d'assassin ? Combien ai-je décroché de gens qui s'étaient pendus ? Combien ai-je fait d'heures supplémentaires non payées ? Pendant toute ma vie, je me suis donné un mal de chien pour essayer de maintenir l'ordre dans ce pays, pour que les gens honnêtes et respectueux des lois puissent vivre en paix, pour que les femmes ne se fassent pas violer au coin des rues, pour que les vitrines ne soient pas brisées afin de voler tout un tas de trucs. J'ai touché à des cadavres qui étaient dans un tel état de décomposition que, quand je rentrais chez moi le soir, il y avait encore des asticots qui me tombaient des manches avant que je me mette à manger. J'ai changé des bébés au maillot alors que leurs mères étaient ivres mortes. J'ai recherché des chats égarés et je me suis interposé dans des bagarres au couteau. Et ça n'a fait qu'empirer au fil des années, de plus en plus de sang, de plus en plus de violence, et de plus en plus de gens pour nous tomber dessus."

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