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"La métamorphose des cloportes", Alphonse Boudard

27 Septembre 2009, 18:18pm

Publié par Rêve

Si vous avez la nostalgie des tontons flingueurs et que vous avez envie de lire de l'argot parisien des années soixante, ce livre est fait pour vous.
Il a été adapté au cinéma par Michel Audiard .

Le scénario est mince, mais la description de la soif de vengeance du pauvre Alphonse tuberculeux à sa sortie de prison est cependant agréable à lire, du fait du bain de langage ( un langage qui n'a pas froid aux yeux) dans lequel on se retrouve gaiement installé.
(extraits vidéo du film ICI)

J'ai trouvé l'exemplaire chez le bouquiniste, avec une couverture de Siné.




EXTRAITS :


"Bref, j'avais payé, c'est l'expression des voyous pour parler du temps passé dans le placard. Cher, comme tout le reste, mais payé en monnaie de barbaque. Avec ma viande, oui, et ça s'estime difficilement. J'étais sec, tendu. Je ne me marrais plus qu'intérieurement, d'une façon qui me surprenait moi-même. Si je pouvais rester comme ça, je me disais, aussi tranchant, aussi net devant les gens, les choses, la vie...ça serait mieux, beaucoup mieux...Je sentais que "le dehors" était mou. Dans ce mou, il fallait tailler. Pas me laisser envelopper tout doucement par les petits riens cajoleurs de la liberté. On commence par boire un blanc, on bavache avec les copains, on sourit à celle-ci, celle-là ! On se remet dans le bain tiède, et c'est cuit."

"La marquise pompe à cinq heures. Sûr, mais est-ce par vice ? désoeuvrement ? habitude ? vanité ? complexe du biberon ? tristesse bonjour ? Ne répondez pas trop hâtivement, et, puisqu'on en est aux nuances, aux états d'âme, je puis vous dire que, malgré tout ce que je venais de traverser comme mouscaille, je ne me sentais pas triste. Je navigais sur d'autres eaux. La tristesse est un sentiment trop distingué, trop frêle. Amour déçu, ciel gris, automne langoureux, mi-mots, chuchotis, mi-bite, mi-raisin...Elle frissonne moduleusement, la tristesse. Je la vois, moi, avec une cape noire et des cheveux d'argent. Luxe suprême de ceux qui ont tout depuis leur naissance. Jamais eu le temps de m'offrir des chagrins pareillement délicats."

"Patience ! Par le fer des barreaux, la lenteur interminable des nuits sans sommeil à les regarder les barreaux; par l'humidité, grand manteau des culs-de-basse-fosse; par le pain si sec, l'eau si fraîche, la porte si bien fermée; par les coups de savate et les lames traîtresses; par les sentences sans appel, les espérances toujours déçues, les promesses procédurières, les pieux mensonges et les vérités entre quatre murs; par le pif, par la bouche, les oreilles, les yeux, le creux de l'estomac: et par les crampes du dessous de la ceinture, (tiens c't'e bonne paire !), je l'avais apprise, la patience. Pas qu'elle, mais surtout Elle. La sainte, la vénérable, l'héroïque, la sublime, l'horrible aussi petite patience qui vous mijote de ces plats à déguster froids...de ces énigmes pour la morgue !..."

"Pas pu se décrocher de la mistoufle. Trop de débits de boissons tentateurs autour de lui. A voir son piment, on entrave qu'il ne se désaltère pas aux Pam-pam, aux limonades enfantines, qu'il ne suce pas des petits glaçons, même pendant les grosses chaleurs."

"Au colbac, je l'ai harponné.
"Dis, grosse lope, tu vas finir de te foutre de moi ? Grosse punaise, tu vas t'arrêter ? Je vais te le guérir, ton infarctus, moi ! Tiens, pour te rafraîchir, sombre ordure !"
Trop longtemps qu'il le cherchait ce glaviot.
(...)
"Tu vas m'envoyer la monnaie, et tout de suite encore...t'entends, gonocoque ? T'es pas sourdingue dis, vieille ventouse ? Tu m'entends bien ?""


"Et voilà, on a beau prévoir, se ramener sa science, sa fameuse expérience à la rescousse dans les profondes réflexions, on s'aperçoit qu'on ne sait rien. Augurer le pire, le bon arrive; se pogner d'optimisme, vlan ! la catastrophe. rien ne m'est sûr que la chose incertaine, dit le poète. Pas n'importe lequel, François Villon, un homme qui savait le prix des mots."

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calbo 28/09/2009 09:33


J'aime bien la couverture !