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ça, c'est un baiser de Philippe Djian

11 Novembre 2010, 22:24pm

Publié par Rêve

En 2002, Philippe Djian hésite entre la réalité crue et l'idéal.

Dans ce livre, il nous présente deux flics, Marie-Jo une courageuse grosse femme souple et douce aux yeux verts, et Nathan un beatnick buté admirateur de Kerouac meublé par une mannequin suicidaire, se consolant l'un-l'autre de l'échec de leurs relations conjugales et enquêtant ensemble sur le meurtre d'une pute au grand coeur fille du patron d'une multinationale...Djian nous interroge sur nos engagements, montre qu'on ne peut protéger qu'une personne à la fois et que nos choix amoureux sont aussi des abandons, jusqu'au dernier baiser.

           C'est un polar plein d'humour et de cruauté (hanté par la mort), une description de nos vies modernes, une déclaration d'amour aux femmes (mais aussi aux saucisses-moutarde, à l'écriture et au ciel )...

 


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EXTRAITS :

 


" Je suis allé manger une saucisse. Il y avait un petit vent, bien agréable au demeurant, qui soulevait le papier gras enveloppant ma saucisse et son linceul de moutarde et qui le rabattait sur ma main. J'en étais à ma troisième serviette, les deux premières s'étaient envolées en exécutant de longues arabesques dans le ciel bleui, irisé par l'oxyde de plomb. Un bon écrivain aurait fait quelque chose avec ça. Je le sentais bien. Je voyais le chemin que j'avais à parcourir et j'en étais à des années-lumière. En avez-vous lu des bons ? Des très bons ? Imaginez ce qu'ils auraient fait avec une simple saucisse et la nuit qui tombait sur un carrefour bruyant hérissé de hauts immeubles à la pâleur fantomatique."

 

" Pour cinq mille euros, on pouvait trouver une personne pour en supprimer une autre. Voilà où était le problème. Pour la moitié de cette somme, on en trouvait déjà beaucoup, si l'on se contentait de cinglés, de drogués ou de types au bout du rouleau dont la population augmentait à vue d'oeil depuis la succession de krachs boursiers, de délocalisations sauvages, d'affrontements sociaux ou ethniques, de guérillas urbaines, de problèmes liés à la misère et autres sujets d'atterrement qui étaient devenus monnaie courante. Vous vouliez faire tuer quelqu'un ?  Des types se battaient devant votre porte et cassaient les prix pour obtenir le boulot."

 

" j'ai également soupiré car le tri qui s'imposait représentait beaucoup de travail et qu'au-dehors, malgré nos efforts acharnés pour massacrer ce monde, le rendre invivable, le rendre odieux, le recouvrir de notre crasse, de notre bêtise, de nos sentiments haineux, malgré tous nos maudits efforts pour le salir et l'enterrer sous nos bombes, malgré tout ça, au-dehors, s'étalait un ciel magnifique, d'une beauté absolue,qui ne m'incitait pas à bosser."

 

" La société craquait de tous les côtés, jusque dans les écoles, jusque dans les familles.  Plus on cherchait à la reprendre en main, d'une poigne autoritaire, plus le ciel rougeoyait - sans même parler des tours qui s'effondraient, des ponts qui valsaient, des types qui se faisaient sauter au milieu de la foule. (...) Une espèce de jungle s'installait, les guerres étaient à nos portes, nos radieux espoirs s'étaient envolés, nos radieux espoirs de bien-être et de justice à l'aube de ce nouveau millénaire s'étaient envolés en tirant sur nos têtes un voile de ténèbres."

 

"C'était une marée humaine. Le bruit courait que nous étions trois cent mille. Des manifestants à perte de vue. Des centaines de drapeaux et de banderoles étaient déployées sous le ciel bleu, d'un bleu absolu. Un beau matin d'été. A tous égards. Grimpé à un lampadaire, une main au-dessus des yeux, je me sentais réceptif.

Comment dire ? Ce rassemblement. Ces milliers d'hommes et de femmes. Ils s'étaient mobilisés.

Je sentais ce flot d'énergie. Ce courant électrique.

Il y en avait pour tous les goûts, bien sûr. Des centaines d'organisations plus ou moins importantes, avec lesquelles on pouvait être plus ou moins d'accord. Mais elles avaient un point en commun : le monde tel qu'il était ne leur plaisait pas. Elles étaient venues pour le faire savoir. Chacune à leur manière.

Je sentais cette volonté, toutes ces volontés individuelles qui s'additionnaient les unes aux autres. Cette volonté de ne pas se laisser faire. Et ça, je pensais que c'était une bonne chose. De toute façon. ça au moins, c'était appréciable."

 


 


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