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Eléments incontrôlés de Stéphane Osmont

12 Juin 2013, 21:10pm

Publié par Rêve

Pour retrouver l'ambiance des années 70

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"- Méfiez-vous des Français, les enfants. Qu'une bande de pétainistes et de collabos.

- Ouais, des racistes et des antisémites, a renchéri mon oncle.

- Et des culs-bénits !

Mamie Edith a élévé la voix.

- Abel, s'il te plaît, regarde devant toi.

- Je comprends pas : nous aussi on est français, a dit mon frère. Depuis toujours.

- Justement, on sait de quoi on parle. Faut faire gaffe, avec eux. Toujours prêts à se vendre au plus offrant, à s'agenouiller devant les puissants. Des baltringues, je vous dis ! "

 

" Chaque semaine, on découvrait l'existence d'un nouveau malheur, qui exigeait de notre part un effort frénétique de compréhension. Il fallait débattre du sujet des nuits entières, préparer des exposés en Cercle rouge, lire les livres de référence : L'Idéologie allemande, le manifeste du parti communiste, Que faire ?, La Révolution permanente. Une ivresse de lecture d'où émergeait petit à petit, dans le chaos des évènements, une cohérence cachée. Il suffisait de prendre le problème par le bon bout : la monstruosité capitaliste. Dès lors qu'on fonde un système sur l'exploitation de l'homme par l'homme, on installe le mal sur terre. Les uns volent le travail des autres, les miséreux deviennent la nécessité des riches. Tout le reste découle de ce vice originel : les guerres, le fascisme, les inégalités, le chômage, la répression, la phallocratie. Jusqu'à la jalousie en amour.

(...) Les certitudes de la doctrine nous épargnaient les tourments de l'adolescence. A toutes les questions, nous trouvions toutes les réponses."


 

" Le déclin de notre communauté de Montrouge avait en réalité débuté dès le départ des parents de Fedora. Certains en avaient profité pour réinstaller les portes dans les appartements, estimant que le manque d'intimité devenait invivable. Les purs et durs les avaient accusés de capituler face à l'individualisme petit-bourgeois. Au même moment, il y avait eu des engueulades homériques entre locataires à propos des vêtements. La pièce où on les avait mis en commun et où chacun venait se servir selon ses besoins, s'était transformée en champ de bataille. On s'accusait mutuellement d'accaparer les plus belles fringues, de les abîmer ou de ne jamais les laver après usage. Deux types en étaient venus aux mains à propos d'un manteau en peau retournée, le seul de la garde-robe communautaire. Après l'incident, chacun avait récupéré ses affaires, mettant un terme au grand partage."

 

 

 

" Depuis quelques temps, je sentais mollir son engagement militant. Il s'interrogeait ouvertement sur la vraisemblance de l'hypothèse révolutionnaire et sur notre capacité à la faire advenir. Il lui était même arrivé de contester l'utilité de la révolution comme modèle de transformation.

Maintenant, je comprenais mieux pourquoi Etienne, le groupie de Mitterrand, discutait si souvent en aparté avec Norbert. Il devait lui faire les mêmes avances qu'à moi : quitter la Ligue pour rejoindre les Jeunesses socialistes. Autrement dit, passer sur la rive droite de la politique."

 

 

" En France, la grève des sidérurgistes s'était soldée par une défaite en rase campagne. Après l'émeute du 23 mars, j'avais cru plus que jamais en la possibilité d'un embrasement dévastateur. Les débrayages s'étaient étendus à d'autres usines. Il y avait eu, de Paris à Longwy, d'innombrables manifs, meetings, piquets de grève, nuits d'affrontements. Ma vie se résumait à lancer des cocktails Molotov, à respirer des gaz lacrymogènes, à entendre des bruits d'explosion, à courir devant ou derrière des flics.

Pourtant, la bourrasque dans laquelle j'étais entraîné n'avait pas soufflé assez fort pour que le "saut qualitatif" prenne son envol. Petit à petit, au contraire, l'usure avait gagné les plus combatifs. Les ouvriers, épuisés par des semaines de conflit, lâchaient prise les uns après les autres. La mort dans l'âme, ils avaient fini par accepter de quitter leur emploi, moyennant un petit pécule en guise d'au revoir.

Si eux avaient flanché, qui d'autre à l'avenir aurait la force de résister aux restructurations d'entreprises et aux licenciements massifs ? Le revers des sidérurgistes, comme celui des mineurs anglais quelques années plus tard, annonçait le déclin des grandes grèves et des révoltes ouvrières."

 


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calbo 13/06/2013 08:53


Ah oui ! Je me souviens ! Les années 70 !

Rêve 17/06/2013 19:08



jeunot !