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"La morale anarchiste" de Pierre Kropotkine-extraits-

4 Juin 2010, 18:31pm

Publié par Rêve

 

" L'histoire de la pensée humaine rappelle les oscillations du pendule, et ces oscillations durent déjà depuis des siècles. Après une longue période de sommeil arrive un moment de réveil. Alors la pensée s'affranchit des chaînes dont tous les intéressés - gouvernants, hommes de loi, clergé - l'avaient soigneusement entortillée. Elle les brise. Elle soumet à une critique sévère tout ce qu'on lui avait enseigné et met à nu le vide des préjugés religieux, politiques, légaux et sociaux, au sein desquels elle avait végété.(...)

Mais l'ennemi invétéré de la pensée, le gouvernant, l'homme de loi, le religieux se relèvent bientôt de la défaite. Ils rassemblent peu à peu leurs forces disséminées; ils rajeunissent leur foi et leurs codes en les adaptant à quelques besoins nouveaux.(...) Ils se remettent doucement à leur oeuvre en s'emparant d'abord de l'enfance par l'éducation.(...)

Pendant ces périodes de sommeil, on discute rarement de questions de morale. Les pratiques religieuses, l'hypocrisie judiciaire en tiennent lieu.(...)

Tout ce qu'il y avait de bon, de grand, de généreux, d'indépendant chez l'homme s'émousse peu à peu, se rouille comme un couteau resté sans usage. le mensonge devient vertu ; la platitude, un devoir. S'enrichir, jouir du moment, épuiser son intelligence, son ardeur, son énergie, n'importe comment, devient le mot d'ordre des classes aisées, aussi bien que de la multitude de gens pauvres dont l'idéal est de paraître bourgeois. Alors la dépravation des gouvernants - du juge, du clergé et des classes plus ou moins aisées - devient si révoltante que l'autre oscillation du pendule commence.

La jeunesse s'affranchit peu à peu, elle jette les préjugés par dessus bord, la critique revient. La pensée se réveille, chez quelques uns d'abord ; mais insensiblement le réveil gagne le grand nombre . La poussée se fait, la révolution surgit."

 


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"Ainsi, quelle que soit l'action de l'homme, quelle que soit sa ligne de conduite, il le fait toujours pour obéir à un besoin de sa nature. L'acte le plus répugnant, comme l'acte indifférent ou le plus attrayant sont tous également dictés par un besoin de l'individu. En agissant d'une manière ou d'une autre, l'individu agit ainsi parce qu'il y trouve un plaisir, parce qu'il évite de cette manière ou croit éviter une peine.

Voilà un fait parfaitement établi ; voilà l'essence de ce que l'on a appelé la théorie de l'égoïsme."

 


"Les raisonnements peuvent changer. L'appréciation de ce qui est utile ou nuisible à la race change, mais le fond reste immuable. Et si l'on voulait mettre    toute cette philosophie du règne animal en une seule phrase, on verrait que fourmis, oiseaux, marmottes et hommes sont d'accord sur un point.

Les chrétiens disaient : "ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu'on te fasse à toi." Et ils ajoutaient : "Sinon, tu seras expédié dans l'enfer !."

La moralité qui se dégage de l'observation du règne animal, supérieure de beaucoup à la précédente, peut se résumer ainsi : " Fais aux autres ce que tu voudrais qu'ils te fassent dans les mêmes circonstances."

Et elle rajoute :

" Remarque bien que ce n'est qu'un conseil ; mais ce conseil est le fruit d'une longue expérience de la vie des animaux en sociétés et chez l'immense masse des animaux vivants en société, l'homme y compris, agir selon ce principe a passé à l'état d'habitude. Sans cela, d'ailleurs, aucune société ne pourrait exister, aucune ne pourrait vaincre les obstacles naturels contre lesquels elle a à lutter."

 

 

" Plus votre imagination est puissante, mieux vous pourrez vous imaginer ce que sent un être que l'on fait souffrir ; et plus intense, plus délicat sera votre sentiment moral; Plus vous êtes entraîné à vous substituer à cet autre individu, et plus vous ressentirez le mal qu'on lui fait, l'injure qui lui a été adressée, l'injustice dont il a été victime - et plus vous serez poussé à agir pour empêcher le mal, l'injure ou l'injustice. Et plus vous serez habitué, par les circonstances, par ceux qui vous entourent, ou par l'intensité de votre propre pensée et de votre propre imagination, à agir dans le sens où votre pensée et votre imagination vous poussent - plus ce sentiment moral grandira en vous, plus il deviendra habitude."

 

"...le sentiment de solidarité est le trait prédominant de la vie de tous les animaux qui vivent en sociétés. L'aigle dévore le moineau, le loup dévore les marmottes, mais les aigles et les loups s'aident entre eux pour chasser, et les moineaux et les marmottes se solidarisent si bien contre les animaux de proie que les maladroits seuls se laissent pincer. En toute société animale, la solidarité est une loi (un fait général) de la nature, infiniment plus importante que cette lutte pour l'existence dont les bourgeois nous chantent la vertu sur tous les refrains, afin de mieux nous abrutir. (...)

Mieux chaque membre de la société sent sa solidarité avec chaque autre membre de la société - mieux se développent, en eux tous, ces deux qualités qui sont les facteurs principaux de la victoire et de tout progrès - le courage d'une part, et d'autre part la libre initiative de l'individu. Et plus, au contraire, telle société animale ou tel petit groupe d'animaux perd ce sentiment de solidarité (ce qui arrive à la suite d'une misère exceptionnelle), plus les deux autres facteurs du progrès - le courage et l'initiative individuelle - diminuent ; ils finissent par disparaître et la société, tombée en décadence, succombe devant ses ennemis. Sans confiance mutuelle, point de lutte possible; point de courage, point d'initiative, point de solidarité - et point de victoire !"

 

 

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" Mais nier le principe moral parce que l'Eglise et la Loi l'ont exploité serait aussi peu raisonnable que de déclarer qu'on ne se lavera jamais, qu'on mangera du porc infesté de trichines et qu'on ne voudra pas de la possession communale du sol, parce que le Coran prescrit de se laver chaque jour, parce que l'hygiéniste Moïse défendait aux Hébreux de manger le porc, ou parce que la Charia (le supplément du Coran) veut que toute terre restée inculte pendant trois ans retourne à la communauté."

 

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" Nous ne voulons pas être gouvernés. Mais, par cela même, ne déclarons-nous pas que nous ne voulons gouverner personne ? Nous ne voulons pas être trompés, nous voulons qu'on nous dise toujours rien que la vérité. Mais par cela  même, ne déclarons-nous pas que nous-même ne voulons tromper personne (...) ? Nous ne voulons pas qu'on nous vole les fruits de notre labeur, mais par cela même, ne déclarons-nous pas respecter les fruits du labeur d'autrui ? "

 

" Nous nous sommes révolté, et nous avons invité les autres à se révolter contre ceux qui s'arrogent le droit de traiter autrui comme ils ne voudraient nullement être traités eux-mêmes ; contre ceux qui ne voudraient être ni trompés, ni exploités, ni brutalisés, ni prostitués, mais qui le font à l'égard des autres."

 

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" Toute force qui s'accumule crée une pression sur les obstacles placés devant elle. Pouvoir agir, c'est devoir agir. Et toute cette "obligation " morale dont on a tant parlé et écrit, dépouillée de tout mysticisme, se réduit ainsi à cette conception vraie :  la vie ne peut se maintenir qu'à condition de se répandre.

(...) Sois fort ! Déborde d'énergie passionnelle et intellectuelle - et tu déverseras sur les autres ton intelligence, ton amour, ta force d'action !

- Voilà à quoi se réduit tout l'enseignement moral, dépouillé des hypocrisies de l'ascétisme oriental."

 

" Certainement, cette "fécondité de la volonté", cette soif d'action quand elle n'est accompagnée que d'une sensibilité pauvre et d'une intelligence incapable de créer, ne donnera qu'un Napoléon 1er ou un Bismarck - des toqués qui voulaient faire marcher le monde à rebours. (...)

Pour être réellement féconde, la vie doit l'être en intelligence, en sentiment et en volonté à la fois."

 

" Et une fois que tu auras vu une iniquité et que tu l'auras comprise - une iniquité dans la vie, un mensonge dans la science, ou une souffrance imposée par un autre -, révolte-toi contre l'iniquité, le mensonge et l'injustice. Lutte !

(...) Lutte pour permettre à tous de vivre de cette vie riche et débordante, et sois sûr que tu trouveras dans cette lutte des joies si grandes que tu n'en trouverais pas de pareilles dans aucune autre activité."

 

 



 


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