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"La promesse de l'aube" de Romain Gary

25 Mars 2011, 21:49pm

Publié par Rêve

Romain fait un roman sur sa vie, sur sa mère, sur ce que sa vie doit à sa mère, pour le meilleur (l'ambition, la résistance, le sentiment d'avoir été aimé, la sensibilité, l'auto-dérision...) comme pour le pire (la crainte de ne pas être à la hauteur, le sentiment de culpabilité, la mélancolie, les prises de risque...).

En filigrane, parallèle à l'engagement dans la guerre de 39-45, c'est une bataille identitaire qui se joue, avec non-dits sur la filiation paternelle, fusion avec la mère / indifférenciation, recherche de pseudonymes / auto-engendrement, imposition de choix professionnels, sentiment de vide ou d'inexistence, troubles de l'estime de soi, idéal impossible à atteindre...

Livre touchant, dont il me reste l'image d'une mère énergique avec une canne et une clope au bec, et celle d'un Romain Gary adulte-enfant, appliqué à jongler avec six balles, désespéré de ne pas réussir à intégrer la septième balle.


 

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EXTRAITS :


« Avec l'amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu'à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu'une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d'amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n'y a plus de puits, il n'y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l'aube, une étude très serrée de l'amour et vous avez sur vous de la documentation. Je ne dis pas qu'il faille empêcher les mères d'aimer leurs petits. Je dis simplement qu'il vaut mieux que les mères aient encore quelqu'un d'autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n'aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine. Malheureusement pour moi, je me connais en vrais diamants »

 

" Les hommes âgés n'ont jamais eu d'ascendant sur moi, je les ai toujours considérés comme étant hors jeu et leurs conseils de sagesse me semblent se détacher d'eux comme des feuilles mortes d'une cime sans doute majestueuse, mais que la sève n'abreuve plus. La vérité meurt jeune. Ce que la vieillesse a "appris" est en réalité tout ce qu'elle a oublié, la haute sérénité des vieillards à barbe blanche et au regard indulgent me semble aussi peu convaincante que la douceur des chats émasculés et, alors que l'âge commence à peser sur moi de ses rides et de ses épuisements, je ne triche pas avec moi-même et je sais que, pour l'essentiel, j'ai été et je ne serai plus jamais."

 

" Attaqué par le réel sur tous les fronts, refoulé de toutes parts, me heurtant partout à mes limites, je pris l'habitude de me réfugier dans un monde imaginaire et à y vivre, à travers les personnages que j'inventais, une vie pleine de sens, de justice et de compassion."

 

" Je suis sans rancune envers les hommes de la défaite et de l'armistice de 40. Je comprends fort bien ceux qui avaient refusé de suivre De Gaulle. Ils étaient trop installés dans leurs meubles, qu'ils appelaient la condition humaine. Ils avaient appris et ils enseignaient "la sagesse", cette camomille empoisonnée que l'habitude de vivre verse peu à peu dans notre gosier, avec son goût doucereux d'humilité, de renoncement et d'acceptation. Lettrés, pensifs, rêveurs, subtils, cultivés, sceptiques, bien nés, bien élevés, férus d'humanités, au fond d'eux-mêmes, secrètement, ils avaient toujours su que l'humain était une tentation impossible et ils avaient donc accueilli la victoire d'Hitler comme allant de soi. (...) 

Et il va sans dire qu'ils n'étaient pas tenus par l'idée naïve que ma mère se faisait de la France. Ils n'avaient pas à défendre un conte de nourrice dans l'esprit d'une vieille femme. je ne puis en vouloir aux hommes qui, n'étant pas nés aux confins de la steppe russe d'un mélange de sang juif, cosaque et tartare, avaient de la France une vue beaucoup plus calme et beaucoup plus mesurée."

 

" Un seul regret me tenaillait : j'avais laissé ma veste de cuir dans le cantonnement et, sans elle, je me sentais assez seul. Je supporte mal la solitude et je m'étais profondément lié avec ma veste de cuir. Ainsi que je l'ai dit, je m'attache facilement. C'était la seule ombre au tableau. Je m'accrochais à mon cigare, mais les cigares ne durent qu'un temps et le mien semblait se consumer particulièrement vite dans la sécheresse de l'air africain et allait me laisser seul d'un moment à l'autre."

 

" Ma course fut une poursuite errante de quelque chose dont l'art me donnait la soif, mais dont la vie ne pouvait m'offrir l'apaisement."

 


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calbo 26/03/2011 11:36



Le nom me disait quelque chose, mais je confonds avec le film "Les promesses de l'ombre". :D



Rêve 26/03/2011 18:39



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