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"Les derniers jours de la classe ouvrière" de Aurélie Filippetti

23 Mars 2012, 16:21pm

Publié par Rêve

Livre paru en 2003,  vignettes évoquant l'histoire du Pays-haut (d'où est originaire l'auteur) et de ses ouvriers immigrés et engagés politiquement (...leurs souffrances, leurs désillusions). 

 

Lorraine coeur d'acier

http://www.dailymotion.com/video/xc14fl_longwy-radio-lorraine-coeur-d-acier_news

http://fr.wikipedia.org/wiki/Aurélie_Filippetti

http://cahiersegare.over-blog.com/article-6528146.html

 


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" L'histoire retiendra : les de Wendel faisant tourner leurs hauts fourneaux à plein régime pour les canons du Reich, les patrons de la société des Mines Terres-rouges complices des arrestations. Descendus au fond de la mine avec la bénédiction des patrons.

Ils ramenèrent de cette pêche souterraine des proies humaines, chaudes, et vivantes. Quatorze mineurs pris sur leur lieu de travail, au fond de la mine noire, et à qui ne fut pas même permis de se laver le visage. Noirs ils demeurèrent jusqu'à leur arrivée dans les cellules de la gendarmerie, où ils furent enfermés.

(...) Ce jour de février 1944, une fourgonnette les attendait sur le carreau, garée là avec la complicité assidue des maîtres des forges. La scrupuleuse Gestapo avait demandé l'autorisation aux patrons de la mine, pour pouvoir descendre, et arracher aux entraille de la terre ceux qu'elle convoyait vers l'enfer."

 

" Rangée au placard, la vieille rivalité des mineurs et des sidérurgistes, solidement verrouillée par l'histoire. Aux poubelles la fierté des uns de faire le travail le plus dur, et le mieux payé, salaire jalousé mais pour lequel les autres refusaient de se priver de la lumière du jour. Des histoires, tout cela, de la poussière d'histoire. Pour eux la lumière c'était l'acier ou la fonte en fusion, la couleur or dans les ténèbres de l'usine, son jour violent sur les visages trempés. Au moment où ils ouvraient le ventre du haut-fourneau, le métal s'échappait, puis, guidé par les hommes à travers les rigoles, les rails peu à peu prenaient forme, et c'était la promesse de conquêtes futures, de monuments fabuleux destinés à chanter de par le monde l'héroïsme des hommes du fer. Eux qui n'avaient jamais mis les pieds à Paris virevoltaient papillons dans la toile d'araignée de la tour Eiffel, petit morceau d'acier lorrain illuminant la capitale. Croyaient-ils en faire ainsi un peu partie.

Et qui dira qu'un jour un homme, un ouvrier bien sûr, glissa tomba d'une coursive au coeur du métal en fusion. Ses camarades (...) voulurent récupérer quelque chose de lui, pour sa femme bien sûr, mais rien ne fut rendu, rien de ce qui avait été un homme, alors, simplement, prirent un morceau du rail et l'offrirent à l'épouse. Et elle le mit dans le cercueil."

 

"- Mais le prolétariat c'est l'ensemble du peuple, sans exclusion, pour moi la dictature du prolétariat, c'était l'homme au-dessus de l'institution, l'expression directe du peuple, la démocratie jusque dans les entreprises. Tu crois que ce n'est pas la forme moderne de la tyrannie, toi, les petits despotes de l'entreprise, les DRH et managers comme ils disent, tu crois que c'est mieux que les seigneurs du Moyen-Age, toi, les gens qui tremblent du matin au soir pour leur place, qui ne savent pas d'une semaine à l'autre comment ils travailleront et combien ils seront payés ? Tu ne crois  pas que la démocratie et la liberté, les gens y ont droit aussi sur leur lieu de travail ? Ils ont gagné, ils ont imposé leur système partout dans le monde, mais ça ne leur suffit pas, ils veulent être sûrs que jamais, demain, la contestation ne recommencera "

 

 

"Les cités qui jadis appartenaient à l'usine ou à la mine ont été vendues une à une aux anciens ouvriers qui y vivaient. Elles sont noires, elles sont tristes, collées les unes aux autres au bord de la route, mais ils sont chez eux. Elles ont toutes trouvé preneur. Alors, lorsque le sol s'affaisse sous leurs pieds, c'est la cité elle-même qui leur rappelle qu'ils n'ont plus rien à faire là, qu'il n'y a plus rien à faire dans ces cités d'un autre âge, et que sans la mine, sans l'usine, les hommes chassés de leur travail, chassés de leur histoire, ne s'accrocheront pas longtemps à cette terre hostile.

A Longwy, derrière le vieux terril, les entreprises délocalisent, font croire à leur bonne âme en s'implantant dans une région meurtrie : en fait ferment boutique une fois empoché le plein de subventions."


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