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Manipulations à propos des retraites

27 Octobre 2010, 13:18pm

Publié par Rêve

Extraits du blog de Mélenchon:


"J’ai eu l’occasion de dire que la réforme des retraites en France était la réforme « la plus dure et la plus cruelle d'Europe ». Je voudrai ici donner noir sur blanc mes arguments. Il me semble que c’est utile  dans la mesure où, comme vous l’avez entendu des centaines de fois, le refrain de la droite et de nombre de journalistes revient en boucle : « mais les autres pays en font autant ! Pourquoi nous seuls aurions raison de vouloir refuser l’allongement des durées de cotisations ? » En fait, bien que l'âge du droit au départ à la retraite soit plus bas en France qu'en Allemagne (63 ans et 67 ans à taux plein) et au Royaume-Uni (65 ans avec un relèvement programmé à 66 ans en 2020 et 68 ans en 2046), la durée de cotisation requise est bien plus élevée en France (41,5 ans) qu'en Allemagne (35 ans) et au Royaume Uni (30 ans). Au Royaume Uni, le recul de l'âge légal a eu pour contrepartie l'abaissement des durées de cotisations (passées de 44 ans à 30 ans). Dans d'autres pays d'Europe, l'âge légal de départ à la retraite sera moins élevé qu'en France : 61 ans en Italie (36 ans de cotisations) et 61 ans en Suède. La réforme française est aussi la plus brutale car c’est la moins étalée dans le temps.  D’ailleurs, le Conseil d'Orientation des retraites remarquait dans son rapport d’avril 2010 que, dans les autres pays, «les réformes sont très étalées dans le temps. Entre l’annonce des mesures et la fin de la réforme, il s’écoule parfois plusieurs décennies». La réforme Sarkozy se distingue donc par le rythme très rapide de relèvement de l’âge légal de départ, à raison de quatre mois par an pour parvenir au terme de la réforme en 2018. La réforme britannique ne relève l'âge légal qu'au rythme de 1,2 mois par an et la réforme allemande ne relève l'âge du taux plein qu'au rythme de 1,3 mois par an."

"Le « titre V » du projet de réforme est entièrement consacré à « l'épargne retraite », euphémisme français pour désigner la retraite par capitalisation. C’est le cas à l’article 32 de la loi de réforme des retraites. Il modifie la réglementation en faveur d'un développement du système de retraite par capitalisation. Voici comment. La moitié des sommes perçues par un salarié au titre de la participation aux résultats de l’entreprise sera, sauf avis contraire dudit salarié, obligatoirement versée soit sur le plan d’épargne pour la retraite collectif (Perco) soit sur le plan d’épargne retraite populaire (Perp). Sauf avis contraire ? On attend de voir qui osera ! Les salariés qui ne bénéficient pas d'un compte épargne temps, un système qui permet de transformer en rémunération, immédiate ou différée, des périodes de congé ou de repos non prises dans leur entreprise, peuvent dorénavant transformer leur jours de congés en sommes capitalisées en épargne retraite. Bien joué, non ? La réforme répond ainsi à une demande de Laurence Parisot qui avait réclamé « un 

nouveau dispositif très incitatif, voire obligatoire, de système par capitalisation ». Vous avez bien lu : elle voudrait un régime de retraite par capitalisation obligatoire ! Obligatoire, rien de moins ! Le député UMP Yannick Paternotte est à l'initiative de ces nouvelles mesures. Il se dit fervent promoteur du « second pilier de la capitalisation ». Dès lors, la logique du texte adopté est claire. « Nous voulons inscrire l’épargne retraite comme un appui [à la retraite par répartition] et non comme un tabou », a plaidé le député UMP Arnaud Robinet. Xavier Paternotte, de son côté, reprend sans pudeur les arguments du Medef pour expliquer ce volet de la réforme des retraites. Pour lui, «relancer l’épargne retraite constitue une urgence sociale et un gage de compétitivité du tissu économique, favorable à l’emploi de demain. » Demain bien sur ou bien après demain. Ben, voyons donc !

C’est dans ce contexte que l’on doit apprécier l’arrivée tonitruante de Guillaume Sarkozy investissant dans les sociétés de retraites par capitalisation, avec l'aide de l'Etat. Guillaume Sarkozy est le délégué général du groupe Malakoff Médéric, une société spécialisée dans les assurances, la mutuelle santé, l'épargne, la prévoyance et la retraite qui emploie 6 300 collaborateurs et affiche 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Ces principales activités aujourd'hui sont très orientées déjà. Il s’agit de la gestion d’une délégation de l’Agirc (retraite complémentaire des cadres) et de l’Arrco (retraite complémentaire des non cadres) : 3,1 millions de salariés cotisants et 2,7 millions de retraités en 2009. Et de la vente auprès des entreprises et des salariés de contrats d'assurance dans le domaine de la santé, de la prévoyance, et de l’épargne-retraite (retraite par capitalisation). Un article de Médiapart annonce la création, au 1er janvier 2011 d'une nouvelle société qui regroupera le groupe Malakoff Médéric, la CDC (Caisse des dépôts et de consignation, organe de l’Etat) et la CNP (Caisse Nationale de Prévoyance, filiale de la CDC contrôlée par Pérol, un pantoufleur proche de  Nicolas Sarkozy).

L'objectif affiché par cette nouvelle société, appelée Sevriena est de jouer un rôle majeur sur le marché de la retraite complémentaire dans les années à venir. Leur idée est de compenser l’érosion des taux de remplacement. En clair la baisse du niveau des pensions ouvre un marché. Grace à la politique de Nicolas Sarkozy qui aboutit à une baisse des pensions, il y a un espace pour que Guillaume Sarkozy propose des solutions de retraite complémentaires aux salariés cadres et non-cadres. Le plan de marche de l’opération est parfaitement clair. "La diffusion de l’offre reposera sur une démarche commerciale imbriquant étroitement le collectif et l’individuel : des commerciaux collectifs pour vendre des produits d’épargne retraite collective et fournir des contacts qualifiés aux commerciaux individuels, qui approcheront les salariés en cohérence et en complémentarité avec le dispositif de retraite supplémentaire de l’entreprise". "L’intérêt de la démarche est de s’appuyer sur le levier du collectif pour contacter les salariés. La structure née d’un partenariat équilibré entre la CDC, CNP Assurances et le Groupe MM aura une action décisive dans la prise de conscience du marché et une contribution majeure au financement des besoins de retraite des salariés, cadres et non cadres. En dix ans, elle s’imposera comme le leader des solutions d’épargne retraite collective et individuelle avec une part de marché de plus de 17% en retraite collective et 4% en retraite individuelle".

L'Elysée a soutenu la création de cette société, c’est une certitude. Voici pourquoi. Elle n'aurait jamais vu le jour sans l'appui de l'Etat. En effet, la Caisse des dépôts et des consignations est une institution publique. La Caisse nationale de prévoyance, qui est une filiale de la CDC est présidée par François Pérol, ancien secrétaire adjoint de l'Elysée. Une enquête pour "prise illégale d'intérêt" avait été menée contre François Pérol suite à sa nomination à la tête de Banque populaire-Caisse d'épargne (BPCE). Il avait joué un rôle essentiel dans la fusion des deux établissements bancaires avant d'en prendre la direction fin février 2009, juste après son départ de l'Elysée. Or, la loi du 2 février 2007 interdit à tout fonctionnaire de travailler pour une entreprise qu'il a surveillée, avec laquelle il a conclu un contrat ou qu'il a conseillée dans ses opérations durant les trois années précédant son départ de la fonction publique. Il a été blanchi. Pour rappel, la CDC, de son côté, gère le fond de réserve des retraites ! Créé par Lionel Jospin, il vise à pérenniser le système par répartition en l’abondant au creux démographique prévisible. Il parait donc étrange, et même insupportable, qu'elle investisse dans une société destinée à faire le jeu du système adverse, celui de la retraite par capitalisation. On pourrait ainsi voir de l’argent destiné a la retraite par répartition abonder des fonds pour la retraite par capitalisation ! Malins les frères Sarkozy !"

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