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Qu'est-ce que l'on applaudit lorsqu'on applaudit le couple qui a 60 ans de vie commune ?



La longévité des personnes ? ce serait injuste puisqu'ils ne l'ont pas fait exprès. Ceux qui vivent longtemps n'ont pas plus de mérite que ceux qui meurent jeunes.

La longévité du couple ? :

- Parce qu'ils ont su faire preuve de "tolérance à l'ennui", sans rendre le partenaire responsable de l'ennui resenti (Cf Pascal Bruckner dans La Grande Librairie du 29 octobre) ?
Parce qu'ils ont accepté de s'enchaîner l'un à l'autre ? Parce qu'ils ont su concilier l'inconciliable : le lien et la liberté ?

- Parce qu'ils ont eu juste la chance de se rencontrer au bon moment, dans le bon timing (Cf David Foenkinos, même émission) ?
...("Il y a dans l’écriture de roman comme une fidélité brutale : le début d’un mariage. On choisit une vie, on est monogame de la virgule, et puis, plus on avance, plus on pense à tous les points-virgules avec qui on pourrait être. Avec qui : on pourrait vivre une parenthèse. On attend la parution, comme un soulagement, comme une façon de se dire : « ça y est, maintenant, tu es dans ton cercueil : on ne peut plus te modifier » )

-  Parce qu'il leur est resté de l'amour lorsque l'amour est mort ? (Cf jean-Marc Parisis, même émission) ?

- Parce que le féminisme et la libération sexuelle n'était pas de leur génération, et a permis qu'une femme accepte de se déshabiter d'elle-même ? (Cf Laure Adler, ...)

Parce qu'ils se sont supportés, ont accepté leur altérité ?

Parce qu'ils ont su rester complices, solidaires, amis ?



Quel est votre avis sur la question ???
Lundi 2 novembre 2009
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Tardi fait du Tardi.
Et Manchette, après Léo Malet lui va bien.


 
Georges Gerfaut, le personnage principal, traîne sa maladroite indifférence en écoutant du jazz sur le périphérique.
Avoir risqué sa vie, avoir goûté à l'absurde de la vie, lui donne le blues, mais ne l'aide pas à vivre plus intensément.

"Il a bu cinq verres de bourbon 4 roses. D'autre part il a absorbé, voici environ trois heures de temps, deux comprimés d'un barbiturique puissant.
L'ensemble n'a pas provoqué chez lui le sommeil, mais une euphorie tendue qui menace à chaque instant de se changer en colère ou bien en une espèce de mélancolie vaguement tchékovienne, et principalement amère, qui n'est pas un sentiment très valeureux ni intéressant."

"La raison pour laquelle Georges file ainsi sur le périphérique avec des réflexes diminués et en écoutant cette musique là, il faut la chercher surtout dans la place de Georges dans les rapports de production."

"Dans l'ensemble ils vont être détruits les rapports de production dans lesquels il faut chercher la raison pour laquelle Georges file ainsi sur le périphérique avec des réflexes diminués en écoutant cette musique là. Peut-être Georges manifestera-t-il alors autre chose que la patience et la servilité qu'il a toujours manifestées.
Ce n'est pas probable.
Une fois, dans un contexte douloureux, il a vécu une aventure mouvementée et saignante; et ensuite tout ce qu'il a trouvé à faire, c'est rentrer au bercail.
Et maintenant au bercail, il attend.
Le fait qu'avec son bercail Georges tourne à 145 km/h autour de Paris indique seulement que Georges est de son temps, et aussi de son espace."

Jeudi 8 octobre 2009
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Si vous avez la nostalgie des tontons flingueurs et que vous avez envie de lire de l'argot parisien des années soixante, ce livre est fait pour vous.
Il a été adapté au cinéma par Michel Audiard .

Le scénario est mince, mais la description de la soif de vengeance du pauvre Alphonse tuberculeux à sa sortie de prison est cependant agréable à lire, du fait du bain de langage ( un langage qui n'a pas froid aux yeux) dans lequel on se retrouve gaiement installé.
(extraits vidéo du film ICI)

J'ai trouvé l'exemplaire chez le bouquiniste, avec une couverture de Siné.




EXTRAITS :


"Bref, j'avais payé, c'est l'expression des voyous pour parler du temps passé dans le placard. Cher, comme tout le reste, mais payé en monnaie de barbaque. Avec ma viande, oui, et ça s'estime difficilement. J'étais sec, tendu. Je ne me marrais plus qu'intérieurement, d'une façon qui me surprenait moi-même. Si je pouvais rester comme ça, je me disais, aussi tranchant, aussi net devant les gens, les choses, la vie...ça serait mieux, beaucoup mieux...Je sentais que "le dehors" était mou. Dans ce mou, il fallait tailler. Pas me laisser envelopper tout doucement par les petits riens cajoleurs de la liberté. On commence par boire un blanc, on bavache avec les copains, on sourit à celle-ci, celle-là ! On se remet dans le bain tiède, et c'est cuit."

"La marquise pompe à cinq heures. Sûr, mais est-ce par vice ? désoeuvrement ? habitude ? vanité ? complexe du biberon ? tristesse bonjour ? Ne répondez pas trop hâtivement, et, puisqu'on en est aux nuances, aux états d'âme, je puis vous dire que, malgré tout ce que je venais de traverser comme mouscaille, je ne me sentais pas triste. Je navigais sur d'autres eaux. La tristesse est un sentiment trop distingué, trop frêle. Amour déçu, ciel gris, automne langoureux, mi-mots, chuchotis, mi-bite, mi-raisin...Elle frissonne moduleusement, la tristesse. Je la vois, moi, avec une cape noire et des cheveux d'argent. Luxe suprême de ceux qui ont tout depuis leur naissance. Jamais eu le temps de m'offrir des chagrins pareillement délicats."

"Patience ! Par le fer des barreaux, la lenteur interminable des nuits sans sommeil à les regarder les barreaux; par l'humidité, grand manteau des culs-de-basse-fosse; par le pain si sec, l'eau si fraîche, la porte si bien fermée; par les coups de savate et les lames traîtresses; par les sentences sans appel, les espérances toujours déçues, les promesses procédurières, les pieux mensonges et les vérités entre quatre murs; par le pif, par la bouche, les oreilles, les yeux, le creux de l'estomac: et par les crampes du dessous de la ceinture, (tiens c't'e bonne paire !), je l'avais apprise, la patience. Pas qu'elle, mais surtout Elle. La sainte, la vénérable, l'héroïque, la sublime, l'horrible aussi petite patience qui vous mijote de ces plats à déguster froids...de ces énigmes pour la morgue !..."

"Pas pu se décrocher de la mistoufle. Trop de débits de boissons tentateurs autour de lui. A voir son piment, on entrave qu'il ne se désaltère pas aux Pam-pam, aux limonades enfantines, qu'il ne suce pas des petits glaçons, même pendant les grosses chaleurs."

"Au colbac, je l'ai harponné.
"Dis, grosse lope, tu vas finir de te foutre de moi ? Grosse punaise, tu vas t'arrêter ? Je vais te le guérir, ton infarctus, moi ! Tiens, pour te rafraîchir, sombre ordure !"
Trop longtemps qu'il le cherchait ce glaviot.
(...)
"Tu vas m'envoyer la monnaie, et tout de suite encore...t'entends, gonocoque ? T'es pas sourdingue dis, vieille ventouse ? Tu m'entends bien ?""


"Et voilà, on a beau prévoir, se ramener sa science, sa fameuse expérience à la rescousse dans les profondes réflexions, on s'aperçoit qu'on ne sait rien. Augurer le pire, le bon arrive; se pogner d'optimisme, vlan ! la catastrophe. rien ne m'est sûr que la chose incertaine, dit le poète. Pas n'importe lequel, François Villon, un homme qui savait le prix des mots."
Dimanche 27 septembre 2009
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Burroughs
présente ici son témoignage du mode de vie, de la "carrière" toxicomane, telle qu'il l'a expérimentée dans les années quarante-cinquante en Amérique ("Laisser tomber la came, c'est changer totalement de mode de vie").
Il décrit assez clairement ce qu'il a vécu et observé, de façon crue, triviale, pragmatique, parfois ironique, mais sans parler de ses sentiments.
Il évoque la recherche incessante de produits par tous les moyens, avec le mépris des lois, des conventions et des raisonnements psychologiques. Les soins sont subis (périodes de prison ou manque de produit).
Il décrit également ses rencontres homosexuelles pleines de désir mais aussi d'apaisement, alors qu'il est marié [il tuera accidentellement son épouse en état d'ivresse]. La drogue pour masquer la question de l'identité sexuelle ??


Vidéo de W.B (en anglais). : ICI
Biographie de l'auteur ICI


EXTRAITS :


"On avait peint au plafond une roue faite de petits carrés et de triangles de différentes couleurs créant une impression de mosaïque.
- C'est Jack qui a fait ça, dit-elle en montrant la roue. Vous auriez du voir ça. Il avait posé une planche entre deux échelles et était couché dessus. La peinture lui coulait sur la figure. Il adore faire des trucs comme ça. On se prend des pieds fabuleux avec cette roue quand nous sommes défoncés. On s'allonge sur le dos en regardant la roue, et elle se met à tourner. Plus on la regarde, plus elle tourne vite.
Cette roue avait l'insoutenable vulgarité des mosaïques aztèques, cauchemar trivial, coeur qui tressaille dans le soleil matinal, bleus et roses criards des cendriers-souvenir, des cartes postales et des chromos. Les murs étaient noirs et un caractère chinois était peint en laque rouge sur l'un d'eux.
- Nous ne savons pas ce qu'il veut dire, dit-elle.
je lui suggérai :
- Chemises en solde.
Elle me gratifia de son sourire froid et vide."



"En réalité, vendre de l'herbe est un vrai casse-tête. Pour commencer c'est encombrant. Il faut en avoir une pleine valise pour faire vraiment des bénéfices. Si les flics forcent votre porte, autant essayer de cacher une meule de foin.
Les fumeurs sont différents des camés. Ceux-ci payent, prennent leur came et décampent. les fumeurs, eux, s'y prennent autrement. Ils s'attendent à ce que le fournisseur les fasse fumer ; ils discutent pendant une demi-heure avant d'acheter deux dollars de marchandise. Si vous les pressez, ils disent que vous êtes "flippant". Pour eux, un revendeur ne doit pas crûment leur parler affaires. Non, il dépanne seulement quelques "mecs et nanas cool" parce qu'il y tâte lui-même. Tout le monde sait bien qu'il est revendeur, mais il ne faut pas le dire. Dieu sait pourquoi ! Pour moi, les fumeurs sont incompréhensibles."


"En général, les vieux médecins sont plus faciles à circonvenir que les jeunes. Les médecins immigrés furent, pendant un temps, une bonne source, mais l'affluence de drogués la fit tarir. Parfois un médecin se mettait en rogne quand on lui parlait de drogue et menaçait d'appeler la police.
La haute idée que les médecins se font de leur noble métier fait que, d'une manière générale, le pire des systèmes est de demander trop directement de la drogue. Même s'ils ne croient pas votre histoire, ils ont besoin d'en entendre une. C'est comme un rituel oriental qui sert à ne pas perdre la face. L'un joue le rôle du médecin plein de moralité qui ne rédigerait pour rien au monde une ordonnance non justifiée, l'autre tient le mieux possible son rôle de vrai malade. Si vous dites : "Ecoutez, docteur, il me faut une ordonnance de morphine, je suis prêt à vous payer le double de vos honoraires", le toubib devient rouge de colère et vous jette dehors. Sans certaines hypocrisies, vous n'obtiendrez rien du médecin."


"On a écrit pas mal de bêtises sur les transformations physiques entraînées par l'intoxication : un beau jour le camé se regarde dans un miroir et ne se reconnaît plus. En fait, les transformations qui s'opèrent sont difficiles à préciser et ne sont pas visibles à l'oeil nu. C'est à dire que le camé ne voit pas lui-même les progrès de son intoxication. En fait, il n'est pas conscient d'être pris. Il croit que s'il est prudent et respecte quelques règles, comme de ne se piquer qu'une fois tous les deux jours, il ne risque rien. Il ne respecte pas ces règles et prétend que toutes les piqûres supplémentaires sont exceptionnelles. J'ai discuté avec de nombreux camés : tous disent que c'est avec étonnement qu'ils se sont découverts au premier stade de l'intoxication, et beaucoup d'entre eux attribuaient leurs symptômes à une autre cause."


" Je ressentis un léger coup au ceur. Je vis les contours du visage de Pat s'assombrir, puis tout son visage, et je sentis que mes yeux se révulsaient.
Je revins à moi quelques heures plus tard. Pat était parti. J'étais allongé sur le lit, le col de ma chemise ouvert. Je me levai et tombai sur les genoux. J'avais mal au coeur et à la tête. Il me manquait dix dollars dans ma poche intérieure. Je suppose qu'il s'était figuré que je n'en aurais plus besoin.
Quelques jours plus tard, je rencontrai Pat dans le même bar.
- Bon sang, dit-il, j'ai cru que t'étais en train de crever ! J'ai dégrafé le col de ta chemise et je t'ai frictionné le cou avec de la glace. T'es devenu tout bleu. Alors, je me suis dit : " Bon sang, ce type est en train de crever ! Je fous le camp d'ici, moi !"
Une semaine plus tard, j'étais accroché. Je  demandai à Pat quelles étaient les possibilités de faire la fourgue à La Nouvelle-Orléans.
- La ville est bourrée d'indicateurs, dit-il. C'est vraiment très difficile."


"A un moment, il me dit :
- Est-ce que ce n'est pas l'enfer ?
Le camé vit dans le temps de la came. Quand on le prive de drogue, l'horloge s'arrête. Tout ce qu'il peut faire, c'est s'accrocher et attendre que reparte le temps sans came. Un camé en état de manque ne peut échapper au temps extérieur ni faire autre chose que d'attendre."

"J'avais très mal aux poumons. La privation peut rendre malade de différentes manières. Certains souffrent de vomissements et de diarrhée. L'asthmatique au thorax étroit a souvent des crises d'éternuements, le nez et les yeux qui coulent, et dans certains cas des spasmes des bronches qui lui coupent la respiration. Pour ma part, le pire est une baisse de tension qui provoque une déshydratation et une extrême fatigue. J'éprouve alors l'impression d'avoir perdu mon énergie vitale et que toutes les cellules de mon corps s'asphyxient. Etendu sur ce banc, j'eus l'impression de n'être plus qu'un tas d'os."

" Les douleurs causées par la privation sont l'inverse du plaisir qu'on tire de la came. Le fait qu'on en ait besoin est le plaisir en soi. les camés vivent à l'heure de la came et avec un métabolisme régi par elle. Ils vivent dans le climat de la came, qui peut, suivant les cas, les réchauffer ou les glacer. Le plaisir qu'on tire de la came est de vivre sous sa loi. On ne peut échapper aux douleurs du sevrage, pas plus qu'on ne peut échapper au plaisir qui suit une piqûre."

"Quand on sort d'une cure de désintoxication, on se sent généralement en forme pendant quelques jours. On arrive à boire de l'alcool, à avoir faim et à manger avec plaisir, et l'appétit sexuel revient. Tout parait différent, plus net. Ensuite vient une période creuse. Alors tout exige un effort, s'habiller, se lever d'une chaise, ramasser une fourchette. On n'a envie de rien, pas même de bouger. on n'a même pas envie de came. Le besoin en a disparu, mais rien ne le remplace. Il faut attendre que cette période se termine, ou la forcer à prendre fin. Les travaux agricoles sont la meilleure thérapeutique."

"La came court-circuite l'appétit sexuel. Par ailleurs, le besoin d'établir des relations même platoniques avec autrui procède de la même source, si bien que lorsque je suis accroché à l'héroïne ou la morphine, les gens ne m'intéressent pas. Si l'on veut me parler, d'accord, mais je n'éprouve pas l'envie de faire de nouvelles connaissances. Au contraire, quand j'arrête de me piquer, il m'arrive souvent d'être avide de contacts humains et de parler à qui veut bien m'écouter."


" Certaines personnes sont reconnaissables du plus loin qu'on les voit, d'autres ne le sont avec certitude que de très près. Les camés font plutôt partie de la première catégorie. A une certaine époque, le plaisir que me procurait la vue d'Ike faisait grimper ma tension. Quand on est camé, le fourgueur est comme l'être aimé pour l'amoureux. On guette son pas dans le couloir, sa manière de frapper à la porte, on dévisage les passants dans la rue. On peut reconstituer tous les détails de sa physionomie comme s'il était là, sur le pas de la porte, lançant pour la millième fois sa plaisanterie classique : "Désolé de te décevoir, mais je n'ai rien pu me procurer", avant d'épier sur votre visage l'alternance d'espoir et d'angoisse, savourant le sentiment de sa toute-puissance, le pouvoir de rendre heureux ou malheureux."


" Je fus incapable de dormir avant le lendemain matin à l'aube et j'avais des cauchemars chaque fois que je m'assoupissais. Dans l'un de ces cauchemars, j'avais la rage ; je me regardais dans un miroir, mon visage se transformait et je me mettais à hurler. Dans un autre, j'étais drogué à la chlorophylle. Cinq autres chlorophyllomanes et moi attendions pour en acheter sur le palier d'un hôtel mexicain minable. Nous devenions verts et personne ne pouvait se guérir de la chlorophyllomanie : une piqûre et c'était pour la vie. Nous nous transformions lentement en végétaux."

Vendredi 11 septembre 2009
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Où l'on retrouve l'immature, l'irréfléchie, l'im-pertiente, l'imaginative, l'imparable Izzy (un mélange de Philip Marlowe et de Woody Allen féminin dans une variation de "fenêtre sur cour").
Où l'on découvre que les disparitions peuvent être choisies et souhaitables.
Où il s'avère qu'être observateur et soupçonneux n'est pas la même chose.
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Premier tome des Spellman : j'en parle ICI
Site de l'auteur (en anglais) ICI



EXTRAITS :


"Elle m'a brisé le coeur, dit-il d'un ton grandiloquent digne d'un feuilleton à l'eau de rose.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? demandais-je plus par politesse que par curiosité véritable.
- Je l'ai surprise avec le jardinier.
- Tu plaisantes !
- Enfin, ce n'était pas le jardinier. C'était mon meilleur ami. On jouait au poker et on allait aux courses ensemble.
- Alors pourquoi dis-tu que c'était le jardinier ? demandai-je avec une curiosité naissante.
- Il avait une tondeuse électrique. Il lui arrivait de passer tondre notre pelouse. A ceci près que Donnie ne venait pas pour me rendre service. Et il ne tondait pas la pelouse. "l'herbe pousse vite dans le désert." Mon cul, oui."


" Je lus le journal pendant l'heure suivante, puis en passai deux à zapper d'une chaine câblée à l'autre, mais la sélection était limitée. Comme vous vous en doutez peut-être, j'ai du mal à faire autre chose qu'enquêter, boire ou avoir des relations amoureuses aussi bizarres que foireuses. En temps ordinaire, je ne prête aucune attention à mes défauts car mon attention est mobilisée par des comportements suspects. Mais quand tout devient suspect et que je suis censée occuper mes journées comme le ferait une personne normale sans profession, c'est là que ça coince."



" A l'oeil nu, on ne décelait aucun signe suspect sur le tapis, usé en divers endroits, mais c'est justement pour cela qu'on utilise le Luminol. J'avais beau mourir d'envie d'appliquer le spray moi-même, mes copains acteurs souhaitaient jouer "Les Experts" et ils insistèrent pour que je les laisse faire le test. Puisque j'avais envahi leur domicile avec un article potentiellement trempé de sang, la moindre des politesses voulait que je les laisse s'amuser un peu.
Christophe fut le premier à vaporiser le Luminol, avec la mine d'un vrai pro.
" A moi, dit Len en tendant la main vers la bombe.
- Mais je n'ai pas fini, rétorqua Christopher comme un gamin pas encore prêt à lâcher son jouet.
- Tu vaporises encore une fois et après, c'est mon tour.
- D'accord."
Christopher envoya encore une giclée, puis une autre. Len se tourna vers moi.
" Isabel, fais-lui lâcher ça.
- Christopher, je crois que c'est le tour de Len", dis-je avec diplomatie. Mais j'étais maintenant persuadée qu'on ne trouverait pas trace de sang sur ce tapis. "


Jeudi 10 septembre 2009
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Le dénouement de ce thriller  - d'un auteur américain que je ne connaissais pas (mais recommandé par Michael Connely) - est vite deviné, vite oublié (une histoire de manipulation de la punition divine à des fins très prosaïques).
Par contre les protagonistes ( policiers, médecin légiste et leurs familles), tous gravement blessés par la vie, ont retenu mon intérêt.
Ainsi que la description de l'intégrisme religieux, et le thème de l'engrenage de la maltraitance.







EXTRAITS :


"Rien de tout ceci ne vous préparait à affronter les visons et les odeurs de la réalité. Votre officier instructeur était incapable de vous décrire cette sensation de mort, quand vous entriez dans une pièce et que vous en aviez des frissons dans la nuque, quand vous vous disiez qu'il venait de se passer un sale truc ou -pire- que le sale truc en question était imminent. Votre chef était incapable de vous décrire cette manie de se lécher les lêvres, le seul moyen de se retirer le goût de la mort de la bouche. Personne ne vous avait prévenu : vous auriez beau vous récurer tout le corps, seul le temps parvenait à gommer cette puanteur de la mort sur votre peau. (...)
Personne ne savait vous aider à aborder la mort quand elle faisait irruption dans votre vie. Ni comment vous soulager de votre chagrin, lorque c'étaient vos propres actes qui avaient ôté la vie à un être - et peu importait que cette vie ait été néfaste. (...)
Elle avait senti la mort l'envahir, ces derniers jours, et rien ne parvenait à en libérer ses sens. Quand elle respirait, elle avait dans la bouche un goût aigre, qui lui évoquait comme une odeur de décomposition. Ses oreilles entendaient en permanence une sirène suraiguë et sa peau était tellement moite qu'elle avait l'impression d'être allée emprunter la peau de son corps au cimetière. Son corps qui n'était plus le sien, son esprit, devenu une entité qu'elle ne réussissait plus à maîtriser."


" Elle avait été longtemps été dégoûtée par les femmes qui laissaient les hommes les piétiner. Qu'est-ce qui leur prenait ? Qu'est-ce qui les rendait si faibles , qu'est-ce qui les poussait à s'oublier à ce point ? Elles étaient minables, elles récoltaient exactement ce qu'elles méritaient. Parfois, elle avait envie de leur filer des claques, de leur crier de se ressaisir au lieu de se laisser marcher dessus.
Mais vu de l'intérieur, c'était différent.(...)
Sa vie à elle avait beau être une calamité, il savait la rendre pire ou meilleure, selon son humeur. Lui reconnaître cet ascendant, cette responsabilité, c'était presque un soulagement, un poids en moins.(...)
Quand il lui montait dessus, quand il la frappait, quand il la baisait, elle se sentait revivre, elle se sentait renaître.(...)
Il la transformait en un genre d'être qu'elle abhorrait, et pourtant, elle en réclamait sans arrêt davantage. C'était la pire des accoutumances, parce que personne, en dehors d'elle-même, ne pouvait comprendre cette attirance."


" C'était toujours lui qui arrondissait les angles, qui s'excusait , qui arrangeait les choses. Toute sa vie n'était faite que de ça. Il avait calmé les crises d'ivrogne de sa mère, il s'était interposé quand son père jouait des poings. Devenu flic, il se mêlait tous les jours des histoires des autres, il s'imprégnait de leurs souffrances et de leurs colères, de leurs appréhensions et de leurs peurs. Ca ne pouvait pas continuer. A un moment, dans sa vie, il fallait qu'il ait un peu la paix."


"Les manifestants attendaient devant la clinique, assis dans leurs chaises longues, sirotant leur thermos de café chaud, plus ou moins l'air de talonneurs aux aguets, campés là en attendant que le match se déchaîne. En voyant Lena, ils se levèrent tous comme un seul homme, pour lui hurler dessus, agitant des écriteaux couverts de toutes sortes de photos sanglantes et crues. Geste ô combien obscène, l'un d'eux brandissait même un bocal, dont le contenu, pour quiconque se tenait à moins de trois mètres, était sans équivoque. Et pourtant, rien de tout cela n'avait semblé très réel, et cet homme l'avait laissée perplexe - car c'était un homme, bien sûr -, elle l'avait imaginé assis chez lui, pourquoi pas à sa table de cusine, là où s'asseyaient ses gosses tous les matins pour le petit déjeuner, en train de préparer sa mixture dans ce bocal, rien que pour tourmenter des femmes effarouchées qui venaient, Lena ne l'ignorait plus à présent, de prendre la décision la plus difficile de tout leur existence."



" - Ben, je sais que vous êtes capables d'aller dégotter tout un tas de preuves dans un mot comme ça.
Lena acquieça, comme si c'était vrai, pensant que la jeune femme avait regardé trop de séries policières à la télévision, ces séries où les techniciennes de labo se baladent en tailleur Armani et talons hauts, prélèvent un minuscule bout de peau sur une épine de rose, regagnent leur labo au petit trot, et là, grâce au miracle de la science, découvrent que l'agresseur était un albinos droitier qui collectionnait les timbres et vivait chez sa mère. Mis à part le fait qu'aucun labo criminel au monde ne pouvait s'offrir les trillions de dollars d'équipements qu'on y voyait, la vérité, c'était que l'ADN se rompait. Des facteurs extérieurs pouvaient compromettre l'état de la fibre, ou parfois l'échantillon ne suffisait pas au prélèvement. Les empreintes digitales étaient sujettes à interprétation, et il était très rare qu'on dispose de suffisamment de points de comparaison pour que les résultats tiennent devant un tribunal."


Lundi 17 août 2009
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Ce couple d' auteurs suédois n'était pas tendre envers leur pays dans ce polar réaliste écrit dans les années 70 (donc dans la lignée de la trilogie Millénium, bien avant, et en plus classique).
Entre les bavures de policiers trop zélés, voire héritiers du nazisme, qui font des abus de pouvoir, la bétise des autres, incompétents et adeptes de clichés hollywoodiens, l' "esprit de corps" et l'endoctrinement pour masquer tout cela, et l'usure des quelques flics qui restent, désabusés et trop fatigués...une recherche d'humanité.

Présentation de leur oeuvre ICI.



EXTRAITS :


"Le patient avait toujours été un homme dur, ayant bien du mal à supporter les erreurs et les faiblesses des autres et répugnant à admettre qu'il puisse craquer lui-même, que ce soit mentalement ou physiquement.
Maintenant il avait peur, il avait mal, il se sentait pris au dépourvu et abandonné."


"L'enquête que Martin Beck avait dans sa poche faisait ressortir d'autres faits intéressants. Elle montrait, par exemple, que la police n'était pas un métier plus dangereux que les autres. Au contraire, la plupart des autres catégories professionnelles couraient plus de risques. Les ouvriers du bâtiment et les bûcherons vivaient bien plus dangeureusement, pour ne pas parler des dockers, des chauffeurs et des femmes au foyer.
Mais n'avait-il pas toujours été admis que le métier de policier était plus dangereux, plus dur et plus mal payé que tous les autres ? La réponse était d'une simplicité affligeante : si, parce qu'aucun groupe professionnel n'était aussi préoccupé de lui-même et ne dramatisait sa tâche quotidienne comme le faisait la police.
Tout cela était accompagné de chiffres. Le nombre des agents blessés en service était ridiculement faible à côté de celui des gens qui étaient annuellement victimes de mauvais traitements de la part de la police."


"Quarante ans à porter l'uniforme dans cette ville. Et combien de fois ne me suis-je pas fait agonir ? Combien de fois ne me suis-je pas fait cracher dessus, tirer la langue et traiter de cochon, de salaud ou d'assassin ? Combien ai-je décroché de gens qui s'étaient pendus ? Combien ai-je fait d'heures supplémentaires non payées ? Pendant toute ma vie, je me suis donné un mal de chien pour essayer de maintenir l'ordre dans ce pays, pour que les gens honnêtes et respectueux des lois puissent vivre en paix, pour que les femmes ne se fassent pas violer au coin des rues, pour que les vitrines ne soient pas brisées afin de voler tout un tas de trucs. J'ai touché à des cadavres qui étaient dans un tel état de décomposition que, quand je rentrais chez moi le soir, il y avait encore des asticots qui me tombaient des manches avant que je me mette à manger. J'ai changé des bébés au maillot alors que leurs mères étaient ivres mortes. J'ai recherché des chats égarés et je me suis interposé dans des bagarres au couteau. Et ça n'a fait qu'empirer au fil des années, de plus en plus de sang, de plus en plus de violence, et de plus en plus de gens pour nous tomber dessus."
Dimanche 16 août 2009
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