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Quarantaine

, 17:43pm

Il était une fois un gros chat blanc aux longues moustaches, qui passait ses journées, assis au bord de la fenêtre, à regarder passer les nuages.
Il regardait aussi passer les gens, les chiens, les pigeons, les feuilles mortes, les voitures, les vélos, les vieux papiers, les gouttes de pluie, les autobus, les corneilles.
Et même parfois un hérisson.

Le soir venu, il allait dans la chambre du petit garçon de la maison, grimpait sur le lit en ronronnant, et, lorsque le petit garçon dormait, allait se poster sur l'oreiller, pour lui raconter des histoires.
Il lui racontait l'histoire de la pie qui avait perdu une plume.
L'histoire du flocon de neige qui avait fondu.
L'histoire de la petite fille qui sautait à cloche-pied.
L'histoire du vent qui soulevait les parapluies, les chapeaux et les robes.
L'histoire de la fourmi qui buvait une goutte d'au.
L'histoire du monsieur qui avait un chien à roulettes.
Et même l'histoire du hérisson qui était resté coincé en boule.

Au matin le gros chat blanc et doux aux longues moustaches s'endormait.
Lorsque le petit garçon se levait, il faisait bien attention à ne pas le déranger.
Et, avant de partir à l'école, il trouvait toujours un moment pour lui chuchoter à l'oreille
l'histoire du chat blanc aux longues moustaches qui regarder passer par la fenêtre les nuages et les gens.




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Si les châteaux étaient des chapeaux :
Nous chanterions les casquettes aristocratiques,
Nous rêverions de bérets en Espagne,
Nous tremblerions devant le képi de Dracula,
Nous cacherions nos visages sous des voilettes d'eau,
Et ne quitterions jamais nos chaperons de cartes.
Nous mènerions une vie de chapeau de paille !

Si les chapeaux était des châteaux
Toutes nos pensées qui s'envolent en fumée,
Toutes nos idées qui s'évaporent,
Tous nos rêves qui s'évanouissent,
Trouveraient enfin accueil à leur mesure :
De quoi rire en courant dans les couloirs,
Se cacher dans les tourelles après avoir hissé le pont-levis,
Se réchauffer à l'âtre ou sous de lourds édredons,
Amplifier les échos, danser sur les murailles,
Pointer le nez aux meurtrières,
Travailler vraiment du château !





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Elle perd les pédales, c'est sûr.
Elle dérape, elle déraille.
C'est le dérailleur - ou le carburateur - ou le démarreur.
Mais c'est la panne, c'est sûr.
Elle est déjantée
Elle quitte la voie - c'est pourtant la bonne -
Elle perd la voix, elle hausse le ton , ellle s'égare.
Elle rate tous les trains, jamais à la bonne heure.
Il ne faut pas marcher sur les lignes noires :
Ce serait une catastrophe
Y'aurait un accident !
Faut éviter, enjamber, faire le grand écart.
Elle est toujours en danger
A suivre les traces de ses pensées,
Ce vieux labyrinthe d'où elle ne peut pas prendre son envol.
Elle marmonne de lentes incantations,
S'acharne à retrouver la piste,
A se débrider,
A essayer de nouveaux moteurs.
Il lui manque un boulon, c'est sûr !
Elle a des crevettes dans la tête,
Qui avancent à reculons,
Ou un p'tit vélo,
Ou un grain sans beauté.
Son coeur s'affole lorsqu'elle se retrouve seule dans l'arène, face au monstre, au taureau, au lion, au gladiateur
Il faut éviter les rencontres, c'est le pire !
Faut retourner en arrière
Chercher les sens
Dans le dédale de ses idées,
Comme des pas au hasard,
En pointillés...............................................................................





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J'aimais faire des bulles avec ma salive, sentir ce moment d'équilibre instable où les lèvres entrouvertes sont occultées par une mince membrane liquide.
Mais maman n'aimait pas ça et me l'interdisait fermement : elle ne supportait pas la vision de sa princesse transformée en crapaud baveux.
J'aimais faire des bulles aussi avec les Malabars, sentir leur résistance élastique sur ma langue, écouter le bruit sec des vésicules éclatées contre mon palais, ou leur mol affaissement de sac mal gonflé.
De ce lent travail de souffleur, j'appréciais tout autant la victoire - l'obéissance intime de la matière soumise à l'air de mes poumons, et parvenant à la rondeur parfaite - que l'échec - ce curieux mélange de gêne et d'hilarité, d'embaras et de satisfaction que me procurait la rupture d'une énorme sphère rose s'aplatissant en lambeaux collants sur mon nez et mes joues.
J'aimais faire des bulles avec les enfants, plonger l'anneau dans la préparation d'eau, de liquide vaisselle et de sucre, filer l'air au centre du médaillon transparent, regarder se former et s'envoler les planètes irisées, poursuivies par d'implacables menottes réjouies de percer d'une chiquenaude leur mystère léger.

J'aimais faire des bulles, les sentir naître et disparaître, et peser, à l'aune de leur essentielle et fragile gravité, les plaisirs fugaces et les vies éphémères.





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Peut-être n'ai-je aucun talent
Pour dérouler le fil du temps
Pour traverser le fleuve, allant
Sans cause.

Qu'un peu de neige, ô qu'un tas lent
Recouvre de son coton blanc
Les bois, les prés, les champs,
Les roses,

Peut-être n'ai-je aucun talent
Pour frôler le bord frémissant
Des choses.





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Simplement
Pour la route
Encore
Pour suivre le chemin
Pour l'espoir
Je prendrais bien un
Petit vers de printemps.








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